La France, championne du Monde du soft power

La France, championne du Monde du soft power

Et si l’Argentine de Messi n’était pas la seule à revenir triomphante du Qatar ? Cette Coupe du Monde a sacré d’autres nations sur le terrain du soft power. À commencer par la France…

Après quatre semaines, soixante-quatre matchs et plus d’une décennie de controverses, l’Argentine a finalement remporté la Coupe du Monde au Qatar. Mais les coéquipiers de Lionel Messi ne sont pas les seuls à revenir gagnants de cette compétition. En marge du terrain, ou parfois dessus, la bataille du « soft power » a aussi fait quelques heureux.

Le soft power est un outil de politique étrangère. Il permet de façonner les perceptions, de donner une autre image de son pays à travers des moyens aussi innocents que la musique, la mode ou le sport. Et la Coupe du Monde de football est peut-être la plus puissante ressource de soft power, avec ses 32 pays exposés à des milliards de personnes.

Pendant l’événement, trois types de soft power ont pu être observés : le soft power « brillant », qui est le résultat des exploits réalisés sur le terrain et génère des sentiments d’admiration ; le soft power « inspirant », qui donne de l’espoir et un sentiment d’unité ; et un soft power « bénin », qui se cache dans les attitudes positives et l’altruisme démontrés par ses acteurs.

À partir de ces catégories, la « Coupe du Monde du soft power a rendu son verdict. Voici les grands gagnants :

Vainqueurs : la France

Le soft power de la France a été largement porté par sa victoire au Mondial 2018 en Russie. Cette année, les performances de l’équipe n’ont fait que renforcer son image et sa réputation internationales. L’équipe de France est l’incarnation du soft power « brillant », combinant style et élégance avec une forte compétitivité, et projetant une image cosmopolite, diverse et unie.

Un joueur (sans doute le meilleur du monde à l’heure actuelle) joue un rôle déterminant à cet égard : Kylian Mbappé. Son club, le Paris Saint-Germain (PSG), joue un rôle important dans l’histoire de cette « douce puissance » de la France. Il contribue à construire son image grâce à une combinaison soigneusement élaborée de football, de mode et de musique.

Au début de l’année, le président de la République Emmanuel Macron serait même intervenu pour persuader Mbappé de ne pas quitter le PSG pour le Real Madrid, tant son importance est grande pour la France. Emmanuel Macron comprend parfaitement la nécessité du charme, du style et de la confiance dans les affaires mondiales. Lorsqu’il s’est rendu à Doha, après la qualification de la France pour les demi-finales, il a d’ailleurs rencontré l’émir du Qatar. Et après la finale, il a consolé Mbappé sur le terrain à plusieurs reprises.

Deuxième place : la Corée du Sud

Maîtresse du soft power « inspirant », la Corée du Sud ne cesse de se projeter à l’international. C’est en partie le résultat de sa politique gouvernementale, mais aussi du patriotisme enthousiaste de son secteur privé.

Le premier match de la Corée du Sud dans le tournoi a eu lieu après une apparition du chanteur Jung Kook lors de la cérémonie d’ouverture. Kook est le chanteur du groupe BTS, à l’avant-garde de ce que l’on appelle la « vague coréenne » (ou K-wave), qui a porté le pays sur le devant de la scène mondiale, que soit au cinéma, à la télévision ou d’un point de vue musical. En tandem avec Kook, le constructeur automobile Hyundai-Kia, qui a signé un contrat de sponsoring avec… BTS, était d’ailleurs un sponsor clé de la FIFA.


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La Corée du Sud a aussi eu la chance de voir son plus grand joueur, Son Heung-min (Tottenham), revenir de blessure et lui offrir de la crédibilité. Le style de jeu effréné des Coréens, associé à l’exubérance de leurs supporters, s’inscrit parfaitement dans l’énergie nationale qui a fait de ce pays un poids lourd de la culture populaire du XXIe siècle.

Troisième place : le Maroc

En dehors du top 20 du classement FIFA avant la compétition, personne n’attendait le Maroc au Qatar. Le pays cultivait une histoire de contre-performances dans les grands tournois et l’absence de joueurs de renom dans son groupe n’invitait pas à la confiance. Mais cette Coupe du Monde s’est avérée être un triomphe pour le Maroc, sur le terrain et en dehors.

La manière joyeuse et désinhibée dont l’équipe a joué a généré une valeur considérable en termes de soft power. Certains joueurs ont aussi contribué individuellement à ce phénomène. Le spectacle du milieu de terrain Sofiane Boufal dansant sur le terrain avec sa mère après la victoire de son équipe sur le Portugal en est un bon exemple. Une scène de famille pleine de joie simple et de solidarité qui a trouvé un écho dans le monde entier. De nombreux amateurs de foot ont fait des Lions de l’Atlas leur deuxième équipe préférée.

Cela s’est notamment vu dans le monde arabe. Le Maroc est allé plus loin dans la compétition que toute autre équipe du Moyen-Orient ou d’Afrique du Nord dans l’histoire. Le soutien public des joueurs marocains à la Palestine a également rapproché l’équipe des supporters de toute la région.

Quatrième place : Japon

Le Japon a gagné beaucoup de nouveaux fans au Qatar. Comme lors du tournoi de 2018, les supporters japonais sont arrivés en grand nombre et ont à nouveau pris l’initiative de nettoyer les stades après les matchs. Et dans le parfait prolongement de ses supporters, l’équipe nationale a couronné le Japon roi du soft power « bénin », en nettoyant ses vestiaires après chaque match.

Le rangement (« home organizing ») est une tradition au Japon. Bien avant l’arrivée de l’influenceuse Marie Kondo, auteur d’un best-seller sur le sujet, le désencombrement et le nettoyage faisaient partie du tissu culturel national. L’affichage de cette pratique au Qatar devant le monde entier a renforcé cette convention populaire et permis au Japon d’exploiter tout son potentiel de soft power.

Mais le tournoi des Japonais ne s’est pas limité à des actes d’altruisme. L’équipe réalisé l’exploit de battre deux des superpuissances du football européen, l’Allemagne et l’Espagne.

Cinquième place : l’Arabie Saoudite

Les « Green Falcons » se sont rendus au Qatar en tant que représentants d’une nation souvent traitée comme un paria. Mais bien que l’équipe ait été éliminée dès la phase de groupes, elle a gagné les cœurs et les esprits de nombreux amateurs après sa victoire inattendue contre le futur champion argentin.

Leurs supporters se sont rendus en masse à Doha et ont donné une image d’eux bien différente de celles que le monde avait d’eux. Une vidéo virale sur les réseaux sociaux montre notamment un grand nombre de supporters dansant sur « Freed from desire », une chanson pop de 1996.

Et si les machinations politiques de l’Arabie saoudite suscitent toujours des inquiétudes légitimes (notamment les accusations de « sportswashing »), les événements au Qatar ont montré les citoyens saoudiens sous un jour différent et positif. Les supporters itinérants se sont montrés sous un jour plus humain au travers de leur passion pour le foot.

Mention spéciale : le Qatar

Dès le moment où il a présenté sa candidature à l’organisation de la Coupe du Monde, le Qatar a cherché à projeter son soft power. L’hospitalité du pays, l’absence hooliganisme et les fan zones dynamiques semblent avoir joué en sa faveur.

Mais la puissance de ce soft power n’est pas un acquis. Les préoccupations autour des travailleurs migrants et des droits des LGBTQ+ demeurent. Le test sera de savoir comment on parlera du Qatar – de la nation et de l’événement qu’elle a accueilli – dans les années à venir.

En attendant, même si les joueurs et les supporters n’en ont pas l’impression, c’est bien la France qui a remporté la victoire en matière de soft power.

Simon Chadwick

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